Il pleut à Yazd

Série de témoignages d'Iran.

Il pleut à Yazd. Je ne peux pas m'empêcher de penser au derviche. A son poème. De penser à cette crainte que, à la fin, je ne pourrais plus jamais vivre sur cette terre comme je le voudrais, alors que je l'aime – que je pourrais finalement me retrouver sans lieu. Sans abris. Sans racines.

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Qu'as-tu fais aujourd'hui ? J'ai dormi. Ma mère m'appelle, me demande comment je vais. Sans m'en rendre compte, il y a déjà la moitié de la journée qui s'est écoulée. Elle veut savoir si je vais bien. Je lui dit “ma chère, la journée est calme, tout va bien”. Je mens. Elle le sait, et ne dit rien. Ça fait quelques jours que mes parents sont partis pour le village. Mon frère et moi y sommes allé·e·s au nouvel an, mais à présent je suis de retour à Téhéran. A la fin de l'appel, je ferme de nouveau mes yeux. Je ne veux pas ressentir de nouveau ce que j'ai ressenti hier. Alors je dors, en essayant de repousser à un peu plus tard cette nouvelle journée.

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Depuis des nuits, à Téhéran en tout cas, on dirait que c'est la fin du monde.

Quasiment toutes les nuits, nous disons : cette nuit était la plus dure nuit de toute la guerre.

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Je garde mon téléphone, carte d'identité et un carnet dans lequel j'ai écrit mes dernières volontés, toujours près de moi. J'ai tout préparé pour faciliter la tâche aux services de secours.

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C'était l'année où j'ai perdu ma mère. Où mes compatriotes sont mort·e·s. L'année des missiles. L'année où la sombre réalité de la tyrannie est revenue, encore.

Une année amère. Une année qui n'aurait pas être traversée sans la présence de beaucoup d'entre vous à mes côtés, prenant ma main, pas après pas, de sorte à ce que je ne m'écroule pas, afin que je ne disparaisse pas.

Sans vous, je ne serais plus là. Merci.

Textes en Persan et en Anglais